- sid junkins
- Posts
- Summer Days at Home
Summer Days at Home
Hors-série recommandations (été 2026)

Au moment où j’écris ces lignes, je dois avouer que je peine à ressentir de l’énergie et de la motivation pour quoi que ce soit, ce qui semble finalement assez normal après cette canicule aux allures d’”hécatombe sanitaire”. Ecouter de la musique, lire ou regarder des films et des séries ne change rien à la marche mortifère des politiques capitalistes et fascistes mais je dois admettre que le fait de se réfugier entre les pages d’un essai ou dans l’écoute d’un album adoré — quand on en a le temps, la possibilité et l’envie — permet d’appliquer un pansement temporaire sur une plaie qui ne cesse de s’ouvrir. En attendant de prendre quelques vacances avec cette newsletter et de revenir en septembre, je souhaitais publier une nouvelle liste de recommandations estivales. Il m’a toujours semblé que les livres, la musique ou les films permettaient une forme de dépaysement, y compris lorsqu’on ne part pas ou peu en vacances, et c’est la raison pour laquelle ce format me tient à cœur, en espérant qu’il vous permette de découvrir quelques pépites qui vous tiendront compagnie face aux ventilateurs ou dans la fraîcheur ombragée des parcs.
˚⋆˚⊹ ⁺。° À écouter ˚⋆˚⊹ ⁺。°
Hard Copy - Bbyafricka & SURF GANG (Surf Gang, 2024)

Un mini EP dans lequel le flow abrasif de la rappeuse d’Inglewood se mêle aux productions efficaces de SURF GANG, emmenés par l’incontournable evilgiane. Les adjectifs qui me viennent à l’esprit à chaque écoute de Hard Copy sont “planant” et “rugueux”, deux termes qui semblent s’annuler mais qui se marient incroyablement ici grâce aux talents conjugués de Bbyafricka et d’evilgiane. Le seul défaut de cet EP est d’être trop court (4 titres, qui vont de 1:32 à 1:58) mais il sera parfait pour vous donner du courage lors de vos marches brûlantes sur le béton.
Duvet - Ida Urd & Ingri Høyland (Balmat, 2025)

Un des albums que j’ai le plus écouté durant ce mois de juin aux températures extrêmes. Comme son nom l’indique, Duvet est un disque d’ambient à la fois mélancolique et doux, destiné à parer de nouveaux atours l’environnement qu’on habite ou traverse. Il s’agit d’une réflexion sur les espaces sonores et habitables et c’est cela même qui donne envie d’y revenir au quotidien, comme une couverture lestée dans laquelle on s’enveloppe pour s’apaiser instantanément en cas de surcharge sensorielle.
Khazna - Kiss Facility (ambient tweets, 2026)

Le duo formé par Mayah Alkhateri et Salvatore Navarrete (alias Sega Bodega) a remis le couvert en février en sortant son premier album, que j’attendais avec impatience depuis la découverte de “Black Stone”, leur deuxième single, qui m’avait donné les larmes aux yeux dans un TER bondé. Les onze morceaux de Khazna sont magnifiquement chantés en différents dialectes d’arabe par Mayah Alkhateri et la production du disque, orchestrée par Sega Bodega, est protéiforme et à couper le souffle, oscillant entre shoegaze, EDM et trip hop. On continue à évoluer sous l’envoûtement de l’album passé le temps de l’écoute, comme si on se trouvait dans un labyrinthe de gaze aux couleurs de soleil couchant.
It’s Been Awful - Isaiah Rashad (Warner & Top Dawg Entertainment, 2026)

On a énormément parlé de ce retour d’Isaiah Rashad, tant attendu depuis la sortie de The House is Burning en 2021, qui abordait la lutte du rappeur avec la dépression et ses addictions. Ce n’est donc pas pour rien si It’s Been Awful a également été l’un de mes albums les plus écoutés ces dernières semaines. On y ressent une vulnérabilité à fleur de peau et une honnêteté brute, conjuguées aux productions RnB solaires typiques de la discographie du rappeur originaire du Tennessee. Isaiah Rashad se présente comme un survivant qui parle avec le cœur et les tripes tout en étant à l’aise avec ses multiples contradictions. Tel le narrateur de “The Party That Never Ends” de Headache, il a connu la vie, la mort et les limbes en un temps rapproché et il en est revenu pour tout nous raconter. Un des meilleurs albums de 2026 selon moi et celui qui est le plus susceptible de m’émouvoir en cas d’anesthésie émotionnelle.
Sans oublier quelques morceaux d’été à écouter en boucle, du lever du jour à la nuit tombée :
Regina from the Future — The Starseeds
Vacation (Spam Free Mix) — Khotin
Whales of Agate — Kacey Johansing
j’évite — ginie
Unemployed In Summertime — Emiliana Torrini
d☆ct (soccer banger) — Effie & Eurohead
Summer Love — MGNA Crrrta
Soleil — B0YG1RL ft. Isabella Lovestory
Cloudburst — Roy Montgomery & Martha Skye Murphy
Headlights on the Parade — The Blue Nile
˚⋆˚⊹ ⁺。° À lire ˚⋆˚⊹ ⁺。°
Romans et essais
Zami: A New Spelling of My Name, Audre Lorde (Penguin Modern Classics)
Un éternel classique, qui m’a bouleversée après que je me suis (enfin) décidée à m’y plonger cette année. Audre Lorde y relate les étapes charnières de son existence, entre sa découverte de la lecture pendant l’enfance, son identité de femme noire et lesbienne subissant à la fois le racisme et l’homophobie, le lien fort qui l’unit à la poésie, ses relations romantiques et ses engagements politiques. Zami: A New Spelling of My Name appartient à la biomythography, un genre à mi-chemin entre biographie, mythe et histoire, inventé par Audre Lorde elle-même. S’il est impossible de résumer ce monument de la littérature afroféministe et queer en quelques phrases, il me semble néanmoins essentiel de citer celle-ci : “If I didn't define myself for myself, I would be crunched into other people's fantasies for me and eaten alive”.
Les carnets du crocodile, Qiu Miaojin (tr. Emmanuelle Péchenart, Noir sur Blanc, 2021)
Laz, la narratrice des Carnets du crocodile, traîne son ennui et son amour dévorant pour une camarade de promo au comportement ambigu dans le Taïwan des années 80. Elle passe ses nuits à noircir son journal et fait la rencontre d’autres personnes queer qui l’ouvrent à un monde où les crocodiles n’ont pas à porter des oripeaux d’humains. Qiu Miaojin a été et demeure une icône de la littérature queer taïwanaise, en dépit de son suicide à l’âge de 26 ans. Ce roman magistral, à la fois nocturne, étincelant et cynique en est la preuve absolue.
Douceur de la musculation, Martin Page (Le Nouvel Attila, 2025)
J’ai découvert Douceur de la musculation dans un magnifique texte de Manon Torres sur le corps écrivant au travail. La lecture de cet essai m’a beaucoup marquée et accompagnée, sûrement parce qu’il s’adresse à toustes celles et ceux qu’on laisse de côté dans le sport, comme les personnes handies/neuroatypiques, âgées, grosses ou précaires par exemple. Martin Page se propose ainsi de réinscrire le sport dans une dimension de soin à l’égard de soi et d’autrui, loin des pratiques sportives individualistes et compétitives qui font partie intégrante du capitalisme. En tant que personne traumatisée par les cours d’EPS qui s’est réconciliée avec le sport sur le tard, ce livre m’a énormément parlé et aidée à adapter mes propres pratiques sportives, loin des injonctions données par les réseaux.
Si on s’arrête, le monde s’arrête, Mathilde Blézat (La Déferlante, 2026)
Cet essai marquant, qui est aussi le manifeste du collectif La Syndicale, propose des outils et des solutions à l’échelle des foyers comme du monde du travail pour reconnaître le travail domestique. L’autrice s’est appuyée sur les témoignages de personnes concernées, comme les personnes racisées et/ou handies, aux premières loges en ce qui concerne ce travail gratuit non reconnu, pour écrire ce superbe essai qui redonne une dose non négligeable d’espoir dans une période où nous en avons particulièrement besoin.
Sans oublier ces articles et interviews qui restent près du cœur passé le temps de la lecture :
Tout ce que j’ai mangé à New-York, Laura Courty
Un journal de voyage abordé sous le prisme de la nourriture et des sens, merveilleusement écrit — comme tous les textes de Laura, que ce soit sur Musique Journal ou son substack — tout en étant plein de sensibilité et d’humour (tw ça donne aussi très faim).K-LONE on David Gray, Cat Stevens, and getting lost in music-making - My Mum Loved This Song
Une interview de K-LONE très émouvante et atypique puisqu’elle porte sur la perte de son père et sa relation avec ce dernier. Je recommande particulièrement cette newsletter qui aborde la thématique du deuil avec finesse, tout en l’articulant avec la musique.Nicolas Demorand ou la sagesse bipolaire, Jonathan Boismard - lundi matin
Une lecture essentielle à l’heure où la psychiatrie, les diagnostics et la médication sont posé·es comme les seul·es remèdes dans le domaine de la “santé mentale”. Sans jamais sous-estimer la souffrance de Nicolas Demorand, cet article dénonce aussi bien l’omniprésence du discours médical que l’invisibilisation des vies et des témoignages de celles et ceux qui n’ont pas le privilège de pouvoir s’exprimer sur France Inter.Si vous ne l’avez pas déjà fait, je vous recommande également de vous abonner au substack de Palestine Deep Dive, un média palestinien indépendant permettant aussi bien d’être informé·e sur le génocide en cours que de découvrir des voix d’artistes et d’auteurices originaires de Palestine.
˚⋆˚⊹ ⁺。° À voir ˚⋆˚⊹ ⁺。°
The Taste of Tea, Katsuhito Ishii (2004)

Ce bijou du cinéma japonais des années 2000 nous plonge dans le quotidien de l’atypique famille Haruno, entre fantômes, premières déceptions amoureuses et séances d’hypnose collective. Sans trop en dire, The Taste of Tea est un film qui s’aventure sur une multitude de registres sans jamais se départir de son côté absurde. Il s’agit d’un étrange comfort movie, où le rire côtoie le cringe et le cryptique sans jamais oublier de laisser place aux larmes. Bonus : la magnifique photographie, qui est l’œuvre de Kosuke Matushima, et la présence d’Anna Tsuchiya dans un rôle secondaire, juste après ses débuts dans Kamikaze Girls.
Pauline s’arrache, Emilie Brisavoine (2015)

Pauline a 15 ans et tente de vivre sa vie d’adolescente dans une famille hors normes, alors que ses frères et sœurs ont quitté le nid familial. Elle grandit sous la caméra bienveillante de sa grande sœur Emilie, qui filme aussi bien les premiers chagrins d’amour que les disputes explosives avec leurs parents. Ce documentaire DIY et jamais voyeuriste est à la fois une lettre d’amour de la réalisatrice à sa petite sœur et sa famille, sans jamais idéaliser cette dernière ou passer sous silence les traumas vécus par la fratrie, et une capsule temporelle de l’adolescence.
Still Up (2024)

Cette série anglaise m’a mis du baume au cœur cet hiver malgré son annulation par Apple TV au bout d’une saison. Le casting est un pur sans faute — Antonia Thomas, qui interprétait Alisha dans Misfits et Evie dans Lovesick, et Craig Roberts, l’acteur principal de Submarine — et chaque épisode consiste en une nuit passée dans le quotidien rocambolesque de deux besties insomniaques, qui tuent le temps en faisant des FaceTime. Je n’ai pas envie de spoiler quoi que ce soit, mais sachez qu’il sera question (entre autres) de voisins envahissants, de camping, de phobie sociale, du Velvet Underground et de doigt arraché (tw). Malgré ses petits et grands défauts, je ne peux que recommander cette série à mes camarades insomniaques qui ont essayé toutes les méthodes possibles et inimaginables avant de lâcher l’affaire.
Updates de début d’été
♬⋆.˚ Le cinquième épisode de Goodbye, Grief, ma résidence sur Systems, est disponible suite à sa diffusion ce mois-ci. Il évoque les sorties de sa zone de confort et les nouveaux départ, le tout dans une ambiance 100% éthérée et estivale.
L’épisode 5 d’Inspiration Comes, ma résidence sur Egregore, peut également être écouté sur leur Soundcloud. Il s’agit d’un mix entre ambient, drum’n’bass liquide et trip hop, dédié à J’aime bien le train, on a le temps de regarder de Yann Kebbi (Editions 2042), un livre composé de superbes encres et monotypes sur les voyages en train.
✎ᝰ J’ai également eu le plaisir d’écrire un texte sur trois mixtapes que j’aime beaucoup et de recommander 10 favoris allant de Broad City à Deki Alem en passant par les fanvids pour Waf Waf, l’excellente newsletter de David Bola consacrée aux niches musicales. C’est disponible en intégralité ici !
Bel été à toustes et rendez-vous en septembre ₊˚⊹ ᢉ𐭩
© A scene at the sea, Takeshi Kitano (1991)